dimanche 27 octobre 2013

DELEUZE, Présentation de Sacher-Masoch

 Gilles DELEUZE, Présentation de Sacher-Masoch. Le froid et le cruel, Les éditions de Minuit, Paris, 1967

Dans cet essai publié en 1974 et qui constitue une préface au roman de Masoch, La Vénus à la fourrure, Deleuze entend critiquer l'idée d'une pseudo-unité sado-masochiste qui repose sur une incompréhension de l'originalité propre au masochisme et au sadisme, lesquels, loin de se retourner l'un dans l'autre de manière transformiste ou génétiste, sont proprement incommunicants. A cette fin, Deleuze dégage les mécanismes différentiels et les originalités artistiques respectives du masochisme et du sadisme. L'enjeu est de reconnaître avec justice le génie de Masoch (celui de Sade étant moins méconnu) : l’œuvre de Masoch constitue un monde autonome dont le rapport avec le monde sadien ne saurait être compris en termes de complémentarité. Dans la mesure où c'est le jugement clinique qui est au fondement du préjugé selon lequel il existerait une unité sado-masochiste, Deleuze se propose de partir d'un point situé hors de la clinique, c'est-à-dire à partir du point littéraire d'où les perversions furent originellement nommées.

samedi 26 octobre 2013

PEREC, Espèces d'espaces. Journal d'un usager de l'espace

Georges PEREC, Espèces d'espaces. Journal d'un usager de l'espace, Galilée, Paris, 1974

Avant-propos

L'objet de ce livre n'est pas le vide, mais ce qu'il y a autour, ou dedans. Au départ, il n'y a pas grand chose: du rien, de l'impalpable, du pratiquement immatériel. De l'étendue, de l'extérieur, ce qui est à l'extérieur de nous, ce au milieu de quoi nous nous déplaçons, le milieu ambiant, l'espace alentour.

L'espace.

vendredi 25 octobre 2013

Kundera, L'insoutenable légèreté de l'être, Première partie "La légèreté et la pesanteur"

Milan KUNDERA, L'insoutenable légèreté de l'être, Première partie, Gallimard, Paris, 1984

1.

Mythe loufoque de l’éternel retour: penser qu’un jour tout se répétera comme nous l’avons déjà vécu et que même cette répétition se répétera encore indéfiniment! Selon ce mythe, la vie qui disparaît une fois pour toutes, qui ne revient pas, est semblable à une ombre, est sans poids, est morte d’avance, et fût-elle atroce, belle, splendide, cette atrocité, cette beauté, cette splendeur ne signifient rien. Si un événement se répète un nombre incalculable de fois dans l’éternel retour, il devient un bloc qui se dresse et perdure. Si la Révolution française devait éternellement se répéter, l’historiographie serait moins fière de Robespierre. Mais comme elle parle d’une chose qui ne reviendra pas, les années sanglantes ne sont plus que des mots/théories/discussions, elles ne font pas peur. Il y a une infinie différence entre un Robespierre qui n’est apparu qu’une seule fois dans l’histoire et un Robespierre qui reviendrait éternellement couper la tête aux Français. L’idée de l’éternel retour désigne une perspective où les choses ne nous semblent pas telles que nous les connaissons: elles nous apparaissent sans la circonstance atténuante de leur fugacité. Cette circonstance atténuante nous empêche en effet de prononcer un quelconque verdict: on ne peut condamner ce qui est éphémère. Les nuages orangés du couchant éclairent toute chose du charme de la nostalgie, même la guillotine. Profonde perversion morale inhérente à un monde fondé essentiellement sur l’inexistence du retour: dans ce monde-là tout est d’avance pardonné et tout y est donc cyniquement permis.

dimanche 29 septembre 2013

OGIEN, Le corps et l'argent

Ruwen OGIEN, Le corps et l'argent, La Musardine, Paris, 2010

Introduction : « Comme des marins en pleine mer »

Dans la plupart des sociétés démocratiques modernes, on est libre de donner certaines parties/produits de son corps (rein, sang, sperme, ovocytes, etc.) mais pas de les céder contre paiement. On est libre de mettre ses capacités sexuelles/procréatives à la disposition d’autrui gratuitement mais pas pour de l’argent. Il est interdit de vendre ses organes aux enchères. Refus de toute dérive mercantile, de toute forme de commercialisation du corps.

Mais 3 grands principes politiques et moraux peuvent servir à remettre en cause ces normes :